The Dude Volume 2 par Moïse the Dude

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Etant donné que j'avais adoré The Dude Volume 1 et Raging Bull titre inédit laché entre les deux eps, j'attendais beaucoup de ce Volume 2. Autant vous le dire de suite, je n'ai pas été déçu. Moïse the Dude confirme tout son talent en 7 titres à l'univers bien identifiable et dans lequel il arrive à nous faire plonger malgré le fait qu'il soit ancré dans un délire bien personel. Comme dans le premier volume, Moïse rappe tout en nonchalance sans pour autant perdre en efficacité. Ce faux manque d'énergie est compensé par des intrus à l'ambiance "sudiste" particulièrement efficaces et composées par 4 producteurs talentueux ( Monkey Green, The Grissom, Pernini 9000 et Joachim de Lux ) qui alternent entre mélodies planantes (l'excellent Porno psy chic cloturant l'ep) et intrusmentaux un chouia plus violentes. Parmi ces dernières, on compte Germinal où Renaud (en mode Lantier) s'invite en intro et où Moîse lache le seul titre un temps soit peu "engagé" du disque. Pour autant, il évite les clichés du genre et réussit à rentrer dans le lard du système sans pour autant virer démago/donneur de leçon. En terme de duo, l'ep n'en comporte qu'un mais il est de qualité. Seno en effet lache un couplet particulièrement lourd sur Sonatine qui est d'ailleurs un des meilleurs titres de ce volume deux. Plus globalement, il faut noter la qualité des textes et la profusion des références lachées ici ou là par Moïse et reconnaître qu'en plus d'être toujours bien placées, elles sont pour le moins inhabituelles pour un rap français à la (sous)-culture souvent limitée. D'ailleurs prendre le rap game à contre pieds semble être un plaisir pour Moïse comme sur Qui est Thug ? où le rappeur ridiculise la soit disante street crédibilité de certains, le tout avec un tas de formules bien senties. Parmi les 7 titres outre Porno psy-chic, Sonatine et Germinal déjà cités auparavant, Muscler mon jeu et L'homme à la tête de screw sont les titres les plus réussis. En fait seul, Chat du Cheschire est légèrement en dessous du lot.

The Dude Volume 2 est donc un E.P. de qualité où Moïse The Dude réussit l'exploit d'être moderne voir en avance sur certains tout en distillant ici ou là des références certes datées mais qui prouve une certaine culture chez le rappeur. D'où cette conclusion déjà exprimé auparavant, Moïse The Dude est dans le turfu certes mais un turfu alternatif. 

A écouter et à télécharger (prix libre/gratuit) ici :

https://moisethedude.bandcamp.com/

MUSCLER MON JEU - MoïseTheDude

Et comme j'ai vraiment kiffé le personnage et son EP, j'ai même fait une interview du monsieur.

Interview de Moïse The Dude

Ton second EP intitulé sobrement The Dude Volume 2 sort lundi 14 avril Peux-tu avant toute chose me résumer ton parcours ?

J’ai commencé à rapper vraiment il y a 14/15 ans on va dire. Avant je grattais des bouts de textes sans trop savoir quoi en faire. J’ai co-fondé le Bhale Bacce Crew avec LO, son frère Selecta Mercy, et quelques autres, qui au fil du temps est devenu un sound system d’une grosse 10aine de personnes avec des vibes majoritairement reggae, j’apportais le côté rap. Ensuite j’ai voulu sortir des projets plus persos, je me suis donc échappé du collectif avec un autre membre, Cosmar, on a sorti deux projets produits par Monkey Green, un ami beatmaker. Et puis comme un aboutissement logique, je me suis lancé en solo. Je me sentais prêt pour ça, après tout ce temps. 

Pourquoi ce nom de Moïse the Dude ?

Quand j'ai commencé c'était Moïse tout court. C'est mon troisième prénom en vrai. Je trouvais ça...original et ça pose une ambiance : Moïse, bim. Plus besoin de faire d'egotrip avec un blaze pareil eheh. Je peux ouvrir la mer (ou vos mères) en deux. 

Plus tard j'ai rajouté The Dude, en hommage à Devin The Dude, rappeur de Houston. Et j'aime bien la sonorité "Dioude", «Doude », on ne sait pas trop comment ça se prononce, mais c'est un son cool. Pour faire carrière aux US c'est utile aussi. 

Quels sont les rappeurs français et américains qui t'ont influencé ?

En français, en vrac, je suis obligé d'en oublier sinon ça va faire long : 

je dirais Oxmo, Booba, Gynéco, Sako, Fuzati, Cuizinier, Ekoué, Akhenaton, NTM, X-Men, Rocé, Solaar, Dabaaz, Frer200, Seno. Et je tiens à en placer une pour LO du Bhale Bacce Crew, j’ai commencé avec lui, il y avait une grosse émulation et je considère que c'est un des meilleurs lyricistes de France même s'il est dans une vibe ragga, je garde une profonde admiration pour ce qu'il fait. Flow de ouf, lyrics affutés.

 En Cainri, toujours en vrac et je vais en oublier aussi : 

Devin The Dude, Scarface, SlimThug, Paul Wall, Trae, Z-Ro, Yelawolf, MF Doom, Method Man, Fifty, Dom Kennedy, Snoop, Too Short, Rick Ross, Jim Jones…plein de gens toutes périodes et toutes régions confondues. Là encore, on dit influences mais ça ne se ressent pas forcément dans ce que je fais moi. Disons que ce sont des gens que j’écoute beaucoup et qui me donnent envie de faire du son. 

Ton son plutôt lent, aérien et ton flow nonchalant sonne comme le son du sud des Etats Unis. Pour toi c'est une chapelle ou tu comptes explorer d'autres ambiance ?

C’est un style dans lequel je me sens à l’aise. Quand j’essaye parfois de rapper plus vite, genre sur du 90bpm, je m’en sors parce que j’ai commencé comme ça et que je maîtrise les techniques de base mais le résultat me déçoit toujours et je ne garde rien. Parce qu’aussi important que le flow et le texte il y a l’attitudeQuand je pose un texte je cherche à créer un tout et trouver un ton. C’est quelque chose que je développe mieux sur des prods lentes, question d’espace. Il y a un vrai plaisir à peser les mots, à les laisser respirer et résonner sur le temps. Et je me suis rendu compte qu’écouter les rappeurs du sud m’a vachement plus fait progresser dans mon rap que les mecs de la côte Est par exemple. C’est comme ça, c’est une question, d’oreille, de sensibilité. Je me souviens d’ailleurs d’une vieille itw de Birdman de Cash Money qui n’est pas un grand rappeur et qui le sait et qui parlait justement d’attitude au micro. Il disait qu’il compensait avec ça. J’aime cette approche. 

Qui sont les beatmakers avec qui tu travailles et comment choisis tu tes prods ?

Je choisis mes prods au coup de coeur mais avec une idée de la couleur que je cherche. Pour le VOL2 je voulais des prods majoritairement plus musclées et dark que sur le VOL1 par exemple. Il faut aussi que la prod, dans le meilleur des cas me "guide", que quand je commence à écrire dessus certains placements et une partie de cette fameuse attitude me soient obligatoirement dictés par la prod elle-même. Là je sais que c'est une prod que je dois garder. 

Sur le VOL2, j'ai bossé avec Monkey Green, Pernini9000 (anciennement Split Magnetic) et Joachim De Lux qui avaient déjà bossé sur le VOL1. Et un nouveau venu : The Grissom, que j'ai rencontré récemment. J'aime l'idée de travailler plusieurs fois avec les mêmes personnes, surtout quand les échanges sont naturels et positifs. Ce sont des personnes que j'ai rencontrées, physiquement je veux dire, même rapidement, c'est important aussi, ça rend la collaboration plus vraie, plus humaine. 

Quand je fais appel à un beatmaker c'est aussi pour avoir sa touche et m'y adapter. Par exemple avec Joachim sur le VOL1, je lui ai donné plein d'exemples de prods mais sur le VOL2 je l'ai moins guidé parce que je voulais qu'il reste proche de ce qu'il fait sur ses EP instrumentaux. Je savais que cette couleur électro-pop assez douce allait m'emmener vers des horizons différents et me donnerait l'écrin idéal pour un morceau plus scénarisé, plus "chanson française". Et ça n'a pas loupé, le morceau est devenu une sorte d'évidence en même temps qu'un ovni. 

As tu des connections avec le reste du rap Français ? des featurings de prévu ?

J'ai peu de connexions dans le rap fçais parce que j'ai passé 10 ans dans un collectif qui était plus porté sur le reggae, du coup j'ai loupé le coche de ce point de vue là et je suis passé à côté des radars du game ahahah. C’est comme ça, la période avec le collectif a été très riche donc je n’ai pas de regret au contraire. Les connexions rap se sont faites récemment, avec des mecs comme Fibo de Frer200 (et ses deux comparses) qui réalise certains de mes clips, comme Seno qui est en feat. sur le nouvel EP. Je suis un mec à l'ancienne, j'ai du mal à réseauter pour le principe, je vais vers les gens qui m'intéressent et j'aime développer des liens privilégiés, qu'il y ait un vrai contact même si c'est basé sur la musique. Je n’aime pas aller en soirée pour serrer des paluches, au bout d’une heure ça me gave, je suis un ours, je préfère rester chez moi. Résultat je suis un peu isolé dans ce game, mais c’est ma nature.  Et puis j'ai compris que ça ne sert à rien de faire écouter tes sons à ton rappeur préféré, le mec n’est pas là pour te filer un coup de main, lui-même doit batailler pour s’en sortir. 

Concernant les feat, j’ai donc eu Seno, belle rencontre et morceau lourd ! Pas d’autres featuring prévu, pour feater avec un mec faut d’abord qu’on échange, qu’on rigole un peu, qu’on se mette à l’aise. Faut que ce soit un moment de plaisir. 

Dans tes textes tu as des références qui détonnent par rapport à ce que le rap français nous livre habituellement. Dans Ragin Bull par exemple tu cites Raymond Devos. Quels sont les artistes hors rap qui t'ont influencé ?

Gainsbourg (je dois être son meilleur attaché de presse posthume, je le cite tout le temps..). Après il y a des artistes et des oeuvres qui ne m'influencent pas vraiment mais qui me nourrissent. Damon Albarn par exemple, que ce soit avec Blur, Gorillaz, ou seul. EELS également que j'écoute depuis le début et pour lequel je garde une oreille attentive et curieuse. Sinon la littérature, m'inspire, le cinéma m'inspire. Les atmosphères, les personnages, ça me donne des mots. 

Tu parles de Devos, en fait c’est le genre de références avec lesquelles j’ai grandit. J’étais entouré d’adultes pour qui la peinture, la littérature et la langue française sont des choses importantes voire sacrées. Mon grand-père qui peignait, passait aussi son temps à faire des calembours, des traits d'esprit. C'était un punchlineur en fait ! C'est aussi ça mon background culturel hors rap. Le bon mot et l'art au sens classique, des trucs à l'ancienne, des incontournables, dans tous les domaines. C'est ce qui a forgé ma sensibilité. Du coup je sors des références qui ne sont pas habituelles, je ne m'en rends pas toujours compte d'ailleurs, c'est naturel. 

Si tu pouvais faire un titre avec un artiste hors rap qui choisirais tu ?

Philippe Lavil pour un remix de "Elle préfère l'amour en mer". Sinon Katerine. Son dernier album est terrible. 

As tu prévu de défendre ses morceaux sur scène ?

J'aimerai bien. Etant donné que je gère tout moi-même, trouver des dates est une partie du taf sur laquelle je ne suis pas (encore) au taquet mais bon, avec les deux EP sortis j'ai quelque chose de solide à proposer, ça aide. J'aimerai bien faire des concerts qui soient un peu mis en scène avec un travail sur le décor et la lumière. Que les gens qui rentrent dans la salle rentrent quelque part, pas juste dans une salle de concert. Idéalement hein...

Niveau promo tu te démerdes comment ? Tu fais qu'avec le net ou t'as d'autre moyens ? T'as envoyé ton skeud à skyrock ?

Le net oui. Je sais que traditionnellement il faut envoyer des maquettes à tous les DA de France, mais bon…Le net c'est l'avenir. Et Skyrock bah...normalement y a Fred qui doit m'appeler là. Je sais pas ce qu'il fout. Il est peut-être entrain d'astiquer Maître Gims, va savoir. 

Je te laisse conclure avec la citation de ton choix

"Pluie en Novembre, Noël en Décembre", dicton.