Le cinéma français de ces 25 dernières années à quelque exceptions près m'emmerdent profondément. J'ai donc décidé de mettre en lumière les films, les réalisateurs et les acteurs qui m'ont marqué durant ce que je considère comme l'age d'or du cinéma héxagonale, s'étalant selon moi de 1950 à 1990. Pour commencer cet hommage, j'ai décidé de vous parler de l'acteur francophone le plus célèbre de tous les temps et qui marqua particulièrement mon enfance, j'ai nommé Louis de Funès. Voici donc la première partie de mon top 10 des films avec Louis de Funès.

10. Des pissenlits par la racine

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Ce film est une exception dans la filmographie de Louis De Funes et cela pour deux raisons.  La première est dans le générique puisqu’il s’agit du seul film où sont réunis Audiard aux dialogues, Lautner à la caméra et Louis de Funes à l’écran. Certes l’acteur avait déjà travaillé avec le célèbre dialoguiste mais c’était pour des seconds rôles voir des simples figurations. Quant à Lautner, c’est seulement un an après le génialissime « Tontons Flingueurs » qu’il nous livre « du pissenlit par la racine », un film de gangster comme seuls les français savaient les faire à l’époque. Peu ou prou de pétarade mais une intrigue simple et efficace, des dialogues de hautes voltiges et des acteurs avec la gueule et la gouaille qui vont avec.

La seconde chose qui fait la particularité de ce film, c’est le rôle tenu par Louis De Funes car il est particulièrement éloigné de ceux qu’il tiendra durant la décennie à venir et qui feront de lui un des acteurs français les plus populaires.  En effet, il ne joue ni un chef d’entreprise, ni un homme fortuné et pas même un petit chef teigneux au caractère bien trempé. A l’inverse des puissants habituels, il interprète ici Jacques un petit truand sans envergure dont la principale préoccupation est d’assurer sa propre sécurité puis de cacher le corps de l’homme qu’il a tué sans le vouloir.

En visionnant le film on regrette qu’Audiard et De Funès n’aient pas plus souvent travaillé ensemble. En effet, les mots du dialoguiste vont de pair avec le jeu et la gestuelle de l’acteur et ce rôle de petit truand lui va étonnement à merveille.  Il faut dire qu’en plus des dialogues de qualité, de Funès est particulièrement aidé par le casting. Rien de moins que Serrault, Biraud, Darc et Blanche pour l’entourer, autant dire la crème de la crème. Un film qui à mes yeux mériterait autant son statut de classique que les « Tontons » mais qui pour une raison que j’ignore n’a pas rencontré le succès. Il en est peut être mieux ainsi tant je pense qu’il aurait bouleversé la future carrière de De Funès.

Louis de Funès : Des pissenlits par la racine (1964)

9. Sur un arbre perché

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Nous sommes en 1971, Louis de Funès est au sommet de sa carrière et enchaine les succès depuis sept ans. Le succès public néanmoins car la critique pour sa part est bien souvent très négative. D’aucun considère l’humour populaire des films de De Funès comme trop facile. Bien qu’il n’en parle jamais en public, cette non-considération de la presse peine l’acteur qui tente le temps de deux films de prendre des risques et de sortir de son créneau habituel. Pour cela il fait appel à Serge Kober qu’il choisit pour deux raisons. La première, c’est qu’il a adoré son film précédent « Un idiot à paris » avec Jean Lefebvre et inspiré du livre de René Fallet. La seconde raison quant à elle, est un plus loufoque. De Funès considère à tort Kober comme un réalisateur de la nouvelle vague et reste convaincu qu’il s’agit d’un atout non négligeable dans l’optique de faire du pied aux critiques. Or, jamais Kober n’a été proche de cette mouvance et il ne s’en est jamais revendiqué. C’est donc sur un quiproquo que débute cette collaboration qui se traduit par un premier film intitulé « L’homme-orchestre » et sorti en 1970. Bien que novateur en de nombreux points, ce long métrage s’inscrit malgré tout dans l’œuvre habituelle de De Funès et ne convainc pas les critiques. Un an plus tard donc ils décident l’un comme l’autre de remettre le couvert et « Sur un arbre perché » voit le jour.

La véritable particularité de ce film tient d’abord dans son intrigue. L’histoire en effet  se déroule en quasi huit clos puisque au bout d’une dizaine de minutes de films, la voiture d’Henri Roubier prometteur autoroutier joué par De Funès se retrouve suite à un accident perché en haut d’un arbre sur le rebord d’une falaise loin de tout regard et de toute civilisation. En plus d’être accidenté, Roubier  devra apprendre à cohabiter puisqu’il est accompagné de deux auto-stoppeurs qui quelques kilomètres avant l’accident se sont infiltrés de force dans le véhicule.  Cantonner Louis De Funes acteur hyperactif s’il en est à quelque mètre carré de terrain de jeu était un pari plus qu’audacieux.  Force est de constater que c’est réussi. L’acteur sait faire preuve de retenue tout en gardant son jeu reconnaissable parmi tant d’autres.  L’autre point fort ce film est l’aspect parfois corrosif qu’il en ressort.  Effectivement on trouve dans cette œuvre une satire assez violente et ce sur de nombreux sujets.  Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’une critique de la société est faite dans un film avec De Funes mais de manière aussi acerbe c’est une première.  La façon dont est traité le personnage du curé lors de la scène du sauvetage en est la plus grande preuve.  D’autres aspects tels que l’industrialisation effrénée du monde et la mise en spectacle du malheur d’autrui sont régulièrement abordés dans sa filmographie mais jamais avec autant de violence.

Deux bémols néanmoins viennent entacher ce film. D’une part l’interprétation à moitié réussi des deux acteurs qui accompagnent De Funès dans la voiture. Certes le jeu d’Olivier de Funès  n’a jamais été extraordinaire mais le ton semi-dramatique de l’œuvre rend cela encore plus évident.  Quant à Géraldine Chaplin son jeu est de meilleure qualité mais semble parfois hors propos surement à cause de la barrière de la langue, celle-ci étant britannique et ayant joué en Français. L’autre point faible concerne la fin du film particulièrement bâclé et sans intérêt.

Même s’il a fait un score plus qu’honorable et dont nombre de réalisateurs aimeraient se vanter « Sur un arbre perché » apparait comme un échec commercial aux yeux des chiffres d’entrées que comptabilisaient les films de De Funès à l’époque. Dommage car même s’il est loin d’être parfait, ce film a le mérite d’avoir emmené De Funès hors des sentiers battus.

A voir la bande annonce pour le coup particulièrement perché 

Sur un arbre perché - 1971 (Trailer).mp4

8. La traversée de Paris

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J’entends déjà d’ici celles et ceux qui s’étonneront de la huitième place tenu par ce chef d’œuvre du cinéma français. Certes « La traversée de Paris » est un film magnifique particulièrement bien écrit et bien filmé qui traverse les âges et dont le talent des acteurs frôle le génie.  Seulement voilà, si la prestation de Louis de Funès est extraordinaire dans ce film elle se limite à celle d’un second rôle. Un second rôle de grande qualité certes mais quand même.

L’acteur en effet n’apparait qu’une quinzaine de minutes dont dix durant la fameuse scène de la cave. Scène grâce à laquelle on peut découvrir toute l’ampleur de son talent, notamment  sa capacité à exprimer des sentiments lorsqu’il n’a pas de texte à dire.  Les mimiques et les grimaces qu’ils  lâchent pendant que Gabin l’agresse verbalement en disent plus long qu’un discours aussi bien torché soit-il. Cet échange ne dure pas plus d’une minute mais on lit clairement la peur et l’angoisse sur le visage de l’acteur.

On peut voir dans le personnage de Jambier, un panel de ce que Louis De Funès jouera par la suite. Un petit notable (chef, patron, homme d’affaires etc.) au sale caractère profitant de la situation ambiante mais baissant la tête à la moindre mésaventure. En somme un portrait type et un brin caricatural du français moyen.

Même si la prestation remarquable de Louis De Funès est de courte durée je vous conseille tout de même de regarder ce film tant il est l’exemple parfait du cinéma de qualité qu’on pouvait faire en France à l’époque. 

En cadeau, la scène mémorable avec De Funes

La traversée de Paris Chez Janbier

 

7. Ni vu.. ni connu...

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« Ni vu ni connu » est l’un des premiers films où Louis De Funes tient le 1er rôle. Il y joue le personnage de Blaireau, braconnier récidiviste et ennemi de l’ordre public dans le petit village de Montpillard.

Véritable carte postale d’une France d’antan, « Ni vu, ni connu » se caractérise par des personnages haut en couleur et par des scènes comiques désopilantes.  Le film laissant une grande place aux gags visuels, Louis de Funes il y est particulièrement à son aise. Les confrontations successives entre Blaireau et le garde champêtre Parju sont par exemple particulièrement réussies. Plus tard lors d’une discussion au bar, il réussit à attirer l’attention sur lui alors qu’il est  seul en arrière-plan. Comme souvent , seules quelque grimaces lui suffisent pour se faire remarquer. 

Pour autant la scène qui marque le plus notre mémoire est bien évidemment la séquence du concours de pêche.  Armé d’une simple branche, Blaireau réussit l’exploit de gagner le concours grâce à un subterfuge que je vous laisse découvrir.  Une autre scène qui a marqué mon attention c’est celle de l’arrestation de Blaireau où les gendarmes planqués chez le braconnier apparaissent et disparaissent tour à tour dans une mécanique proche du cartoon.

Tout le long du film De Funes développe son personnage de petit brigand pas foncièrement méchant et auprès duquel,  le temps faisant, on s’attache. Certes les ficelles sont parfois un peu grosses mais le rythme du film et l’humanité dégagé par les personnages font globalement passer la pilule.  

6. L'aile ou la cuisse

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Changement d’époque.  Dix-huit ans séparent « Ni Vu, Ni connu » de « L’aile ou la cuisse » et tout ou presque a changé.  A commencer par la carrière de Louis de Funes.  En moins de 20 ans, il est devenu l’acteur le plus populaire de France et ses films (3 ou 4 par an) sont tous d’immense succès. Même ses récents problèmes de santés ne l’empêchent pas de jouer. La société a elle aussi  beaucoup changé. La preuve en est avec ce film. D’une part avec la présence de Coluche humoriste de talent qu’on ne présente plus et dont le registre apparait comme beaucoup plus osé et politique que celui de De Funes.

D’autre part car le sujet abordé dans ce film est  assez symptomatique de l’époque.  En effet,  « L’aile ou la cuisse » n’est ni plus ni moins qu’une attaque déguisée contre la malbouffe et l’industrialisation de l’alimentation et plus précisément contre Jacques Borel roi de la nourriture bon marché ici caricaturé par le personnage de Tricatel. On notera que sur la fin de sa carrière le thème de la nature et des plaisirs simples sera de plus en plus récurrent chez De Funes. Car s’il écrivait que très rarement il est connu de tous que Louis de Funes au sommet de sa notoriété avait une influence folle sur le choix des thèmes abordés, l’écriture des scénarios voir le choix des acteurs.

A ce sujet et contrairement à ce qu’on pourrait craindre le duo Coluche/De Funes est très efficace. La différence de style et de génération se fait à peine sentir et le plaisir que prennent les deux acteurs à jouer ensemble est  plus que palpable. Je dirais même que cette collaboration permet d’aborder avec humour et intelligence un thème qui aurait pu être difficile à traiter dans un film plus « classique » de Louis de Funes.

Dans ce film, Louis de Funes se fait particulièrement plaisir en enchaînant grimaces, mimiques et séances costumées des plus réussis qui soient.  Son jeu tout en exubérance est assagi par la prestation tout en mesure de Coluche. D’ailleurs il est intéressant de remarquer que s’il s’agit du premier film à succès de Coluche il s’agit également de l’un des meilleurs dans lequel il ait joué.

Parmi les scènes les plus réussies, on note celle où Louis De Funes découvre que son fils fait le clown en cachette. Le dialogue qui suit cette découverte alterne avec prouesse entre rire et tendresse. Difficile en effet de ne pas y voir une mise en abyme du métier que De Funes comme Coluche pratique. Celui de faire rire.

L’idée de fin quant à elle relève du génie. Faire perdre la sensation à un homme dont le métier est de juger la gastronomie relance particulièrement le film. S’ensuit un final particulièrement réussi d’abord dans l’usine de Tricatel puis sur le plateau télé.

En conclusion je dirais qu’avec  ce film De Funes, Coluche et Zidi le réalisateur réussissent à réaliser une œuvre à la fois moderne pour son époque mais en même critique avec les dérives de celles-ci.

L'aile ou la cuisse (Bande annonce)

La suite, bientôt!